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Une odeur, un son, un moment que tu affectionnes au Pays:

J’aime l’odeur des feuillages la nuit. Quand tu as un jardin créole avec de la citronnelle, du gros thym, doliprane, que tu y passes tu as une odeur comme les bains de feuillages qu’on donnait aux enfants à l’époque.

J’aime aussi le dimanche matin, l’odeur et le bruit des cocotes minutes, un tchui chui chui. Pour moi c’est les Antilles.

J’ai passé quelques mois à New york dans une famille haïtienne. C’était très rassurant psychologiquement, d’entendre ce bruit le dimanche. Je me suis sentie chez moi, c’était très familier de la voir faire ses pois rouges et sentir ces même odeurs, savoir qu’on est dimanche et que c’est normal. Ça me ramène directement en Guadeloupe.

 Quels sont tes plats préférés ?

J’aime les dombrés, le riz-pois rouges avec poule roussie, pour moi c’est le must. Ça et un gratin de bananes jaunes.

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 Tes lieux préférés:

La plage de Malendure particulièrement avant 10h, car il y a peu de monde. A 9h quand tu es dans l’eau, que tu regardes l’îlet pigeon, c’est juste magnifique. On a de très belles plages et celle de Port louis est pas mal aussi.

Bizarrement, j’adore déambuler dans les rues de Pointe à pitre… le dimanche.

Il n’y a rien, personne à part quelques pèlerins sur la place de la victoire. J’ai grandie, en partie, dans cette ville. J’adore Pointe à pitre, je ne peux pas l’expliquer. J’adore son coté crade mais le dimanche, car il n’y a personne. J’ai l’impression que le temps s’arrête, voir même de revenir des décennies en arrière.

J’aime l’ambivalence de cette ville. Pointe à Pitre me fait penser à moi. Elle peut être très speed, très brouhaha et d’un coup tout s’arrête. Pour moi c’est une femme, elle est débrouillarde, elle fait ce qu’elle a à faire avec toutes les communautés. Elle arrivent à les gérer comme elle peut. Il y a juste le samedi après midi et le dimanche où elle dit maintenant foutez moi la paix. Je suis en introspection, revenez lundi.

C’est très moi, je trouve.

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 A découvrir absolument :

Pour ceux qui sortent de l’étranger, le restaurant An ba tôl la. A chaque fois que j’y vais je mange bien, il n’y a pas de chichis. Je pense qu’un des atouts de la Guadeloupe est son authenticité. Je trouve que les Guadeloupéens sont sans embages. Je trouve que c’est intéressant que le concept différent soit un non concept, un endroit qui ne paie pas de mine mais où c’est bon.

Un(e) Guadeloupéen(ne) que tu apprécies ?

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Maryse condé. J’admire son parcours, sa liberté, son écriture. Il y a une décomplexion qui à son âge, est déconcertante. J’aime sa recherche dans l’exil, je me retrouve dedans ; J’aime l’idée qu’elle ait été ici et ailleurs. Pour voir, se retrouver et revenir au point d’ancrage. C’est mon modèle de femme guadeloupéenne.

Même si je ne m’attarde pas sur ses idées politiques, je trouve que Lucette Michaux Chevry est la 1ére femme qui m’a donné l’impression qu’on pouvait faire ce qu’on voulait. Une femme de poigne dans un milieu d’hommes, qui a tout fait dans son corps de métier. Finalement, on a beaucoup d’exemple de femmes fortes guadeloupéennes, on en parle pas assez.

Pour revenir à Maryse Condé, on a l’impression qu’elle n’est pas assez valorisée par son île, comme un désamour ?

Désamour, je ne suis pas certaine. Ce que je sais, c’est que la démonstration d’amour en Guadeloupe est assez spécifique. Je pense que le guadeloupéen a un côté, tout le monde est un peu pareil . Même si je suis content que tu nous représentes en parallèle, je ne te glorifierai pas plus que mon voisin. Ça ne veux pas dire que je t’aime moins. Ça peut être déroutant quand on met en exergue le retour que Maryse Condé a quand elle est aux Etats-Unis par exemple.

Je pense que le travail est valorisée mais la démonstration n’est pas la même qu’ailleurs.

Quand je suis en Guadeloupe par ex, les gens m’interpellent comme une voisine, pas comme une chanteuse. Je pense que la plus grande preuve d’amour c’est justement ça, qu’il n’y a pas la sensation d’une différence et que tu fais partie d’une même famille.

Un artiste à connaître absolument:

Stéphanie Mélyon Rénette aka Nefta Poetri, c’est mon coup de cœur. J’aime l’idée qu’elle soit féministe, quelle représente le festival Cris de femmes dans l’hexagne et aux Antilles. Elle est danseuse, poète, sociologue, professeure, écrivaine, conférencière. Il y a une certaine discrétion par rapport à ce qu’elle fait, une vraie intelligence dans ses analyses. Elle aurait pu se contenter d’être sociologue ou conférencière mais qu’elle danse, slame etc… je trouve qu’elle est un personnage intéressant.

Une expression, un proverbe, un créolisme que tu aimes :

C’est séske je te disais.

Ta conception du Siwotaj en Guadeloupe ?

La plage de Sainte Anne la nuit avec des amis. C’est éclairé, il y a peu de gens, et c’est un peu improbable : des familles avec leurs enfants à 21h . Tu te demandes ce qu’ils font là avec leurs tables, leurs plats ( rires).

En Guadeloupe, on a cette qualité de vie, la possibilité de déconnecter assez vite.

Aller dans un pays,où la nuit tu peux décider de prendre ta voiture, et d’aller à Sainte-Anne et de passer un bon moment , avec des gens que tu aimes, c’est top.

L’eau est chaude, tu vois les étoiles. On a l’impression d’être dans un bain grandeur nature.

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Qu’est ce qui te rend fière d’être Guadeloupéenne:

Je suis fière d’être guadeloupéenne car je suis fière de ce qu’on est. Nous sommes une société très jeune et on a les prétentions de sociétés très anciennes. Les gens oublient souvent ça, en critiquant le guadeloupéen mais on oublie qu’on s’est construit il y a peu de temps finalement.

J’ai beaucoup d’indulgence envers nous. Les guadeloupéens sont ce qu’ils sont avec les moyens qu’ils ont. Je suis extrêmement fière du fait qu’on essaie de se dépatouiller sachant qu’un point de vue traumatisme, ce n’est pas facile. Nous sommes surtout des traumatisés qui n’ont pas été diagnostiqués et qui n’ont pas eu de traitement adéquat. Car on en parle pas, les bourreaux ne se disent pas bourreaux, idem pour les victimes donc les traumatismes ne sont jamais guéris.

Malgré ça, on fait avec les moyens qu’on a , ça peut être la religion, l’art, on est très prolifique, la revendication des fois à outrances parfois, le passéisme dans le sens où on glorifie les anciens héro ; la mulâtresse solitude par exemple mais on ne parle pas de Gerty Archimède qui est une figure historique plus récente.

On fait comme on peut mais je trouve qu’on fait bien.

Pour un peuple qui a été nourri de sang, de violence extrême, on n’est pas si violent que ça malgré ce qu’on dit en ce moment sur la violence . On arrive quand même plus ou moins à contenir ça, on aurait vraiment pu être pire que ça.

Je suis fière d’être une afro-descendante, parce que je suis extrêmement fière d’avoir eu des ancêtres, qui malgré l’esclavage, on fait de moi ce que je suis. Certains voient cela comme une honte, moi non. Car pour résister à l’esclavage, il faut être mentalement très fort. Je suis fière d’avoir des ancêtres comme ça.

Un mot pour la fin ?
J’ai beaucoup conscience de la mort donc de …la vie. Arrêtons de calculer, d’avoir peur, vivons surtout à l’heure actuelle.

Envie d’être en tête à tête avec Stevy Mahy?  C’est par içi. Et c’est très inspirant!

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