Chaque mois, on part à la découverte d’un Guadeloupéen inspirant, car la Guadeloupe a du talent !

J’ai découvert Cédric par hasard sur facebook sur sa page La Guadeloupe Mon visage. Ses photos m’ont tellement touché que je me suis dit, un jour je veux faire un truc aussi impactant que lui. Quelque chose qui nous rappelle ce que nous sommes en tant que Guadeloupéens, raconte la richesse du Pays, d’où le blog de Créoletrip.

Je suis vraiment ravie de vous présenter ce photographe plus que talentueux. Il y a vraiment de la poésie dans ses photos, et l’homme fait preuve de sagesse malgré son âge.

Je vous laisse en tête à tête avec lui…Enjoy!

Peux tu te présenter?

Cedric Calvados, 36 ans, petit bourgeois né à paris en 80. Mes parents sont venus en Guadeloupe j’avais 2 ans, donc j’ai vraiment grandi ici, à Petit- Bourg.

Je fais du foot depuis l’âge de 6 ans.J’ai fait mes études en Martinique, en anglais et en science de l’éducation jusqu’à la maîtrise.

J’ai travaillé dans le logement social, géré une structure qui forme des étrangers au français. Actuellement, je travaille dans un bureau d’étude en marketing.

Ne ferais-tu pas un peu de photographie?

Oui de la photo depuis 2009.

Je fais du rap que j’ai un peu mis entre parenthèse, mais j’ai eu pas mal d’actualité à un moment.

De temps en temps, je réalise aussi des clips pour des amis.

Je suis autodidacte, et j’ai démarré avec l’idée de faire ça seul en observant ce qui se faisait, en posant quelques questions; en bouquinant un peu, on arrive à se débrouiller avec ça.

Idem pour la réalisation de clips. Sur mon ordi, j’avais un logiciel capable de me permettre de faire ça (des clips), donc j’ai « tchoké » (bricolé).

cedric calvados

Comment à commencé ton parcours de photographe?

Pendant mes études en Martinique, j’ai travaillé en tant que pigiste à France- Antilles et j’étais amené à faire des photos pour illustrer mes articles. Le déclic s’est fait comme ça.

J’avais un petit appareil compact, comme tout le monde, qui coûtait pas bien cher, qui permettait de faire des photos rapidement.

Puis j’ai eu envie de passer à quelque chose de plus conséquent, donc en 2009 je me suis dit pourquoi ne pas acheter un appareil d’une gamme supérieur.

Ce qui m’intéresse vraiment c’est surtout les gens

albert

As tu des thèmes de prédilection?

C’est clair que je suis de moins en moins photo de paysages, pour le paysage. Ça ne me branche plus trop. Si je fais des paysages, il faut qu’il y ait des gens, une animation.

Ce qui m’intéresse vraiment c’est surtout les gens, leurs mouvements, comment ils occupent et font vivre l’espace, et ce qu’ils dégagent. C’est ce qui me plait le plus.

Ensuite les portraits.

Je travaille beaucoup sur l’instant.

Arriver quelque part, essayer de me faire accepter même si je garde une distance avec les gens, qu’ils me voient, qu’ils réalisent que j’ai un appareil mais que ma présence ne puisse pas déranger. Mon objectif c’est arriver à ça, c’est ce qui me parle le plus.

A côté de ça, il m’arrive de faire des shootings parce c’est fun et que c’est un bon exercice. Je fais des mariages également, c’est plus pour le côté alimentaire même si j’aime bien car ça reste des gens, du mouvements, des émotions. On est dans ce que j’aime.

Voici en gros, les axes, plutôt que les thèmes, qui m’intéressent.

vie

 

Concrètement, quand tu prend les gens en photo, tu demandes l’autorisation, pour une scène par exemple?

Non, c’est de l’astuce, se mettre derrière ou sur le côté, tant qu’on ne voit pas les visages, ou sinon c’est suggéré. Tant que ce n’est pas clairement vu, ça m’évite de demander car sinon je perd la spontanéité de la scène.

Le mieux c’est d’être là discrètement sans déranger.

Parfois, je suis obligé de demander, la scène est alors un peu moins naturelle mais je ne modifie pas le déroulement des choses.

Généralement, les gens acceptent toujours?

Oui, à 80%, ils acceptent d’être pris en photo.

Ça demande d’aller vers l’autre?

C’est cela qui est bien.

Ça dépend de sa personnalité?

Ça peut être un moyen de se dépasser.

C’est comme ça que je l’ai abordé car à la base j’étais un peu timide. Depuis que je fais de la photo je le suis beaucoup moins. Si tu regardes bien l’intitulé de la page facebook, la Guadeloupe Mon visage, c’est chaque jour aller vers l’autre.

C’était un peu ça l’idée, dépasser ma timidité, dépasser cette peur qui n’a pas lieu d’être pour aller vers l’autre, se mettre à son niveau.

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La Guadeloupe-Mon visage*, pourquoi ce projet?

Pour le plaisir. Je voulais montrer la Guadeloupe différemment. Sortir des sentiers battus, plages, cocotiers, et montrer la Guadeloupe, les gens, le contenant ou le contenu. Les gens qui font vivre le Pays, l’âme du Pays, que ce soit des noirs, métis, chabins, blancs, indiens, libanais, syriens. Des gens qui vivent en guadeloupe.

C’est un projet sociologique plutôt que militant car je ne revendiquais rien. Pas de « la Guadeloupe sé tan nou » (La Guadeloupe nous appartient). Je voulais justement sortir de ce discours là car il est un peu excluant. Je voulais inclure tout le monde et dire que c’est ce qui fait la Guadeloupe.

J’ai commencé en 2013, maintenant, je continue mais par petite touche.

*séries de photos plus mini-interviews

couple-age

A travers tes rencontres, as tu eu des anecdotes marquantes?

Il y a toujours des moments spéciaux.

Je me rappelle d’un SDF, en même temps toxico que j’avais croisé dans les rues de Pointe-à-Pitre.

Quand je lui ai parlé d’autorisation pour le prendre en photo, il tenait absolument à me prouver qu’il savait encore écrire.

Je sentais qu’il voulait se « ré-humaniser », me dire: « tu vois, je suis encore un homme, j’existe encore, j’ai du contenu en moi, j’ai un savoir, j’ai des choses à dire et à montrer. Tu me vois comme ça mais il n’y a pas que ca. »

Des moments comme ça, te touchent particulièrement.

Les gens qui m’ont le plus touchés ce sont les exclus.

Et cet homme, l’année dernière, que j’ai pris en photo dans le bourg du Gosier avec le pied malade. Il m’a raconté qu’il sortait de l’hôpital, qu’il allait surement être amputé, et qu’il était à la rue.

Des choses un peu lourdes. Il y avait une dame qui lui donnait à manger, j’ai pu les prendre en photo et elle de me dire qu’elle s’occupe de lui.

Ce sont des petites histoires que je trouve intéressantes mais c’est tragique. C’est dur de se dire qu’en Guadeloupe, il y a des gens dans cette situation alors qu’on est sur une île. C’est petit, il y a une culture plutôt familiale mais tu as des exemples qui viennent démonter ce mythe.

C’est pour te montrer à quel point l’individualisation et les effets de la mondialisation sont en train de balayer tout ça ici.

Pour ce projet, as tu dû demander des autorisations pour photographier les gens?

Non pas tous, je leur parlais juste du projet.

C’est après qu’on m’a dit : fait attention, fais signer, tu peux avoir des problèmes.

Dès lors on n’est plus libre, on ne peut plus faire les choses de façon spontanée sans se poser de questions, sans craindre des représailles.

C’est dommage, tout nous ramène à la crainte.

A une période, j’avais une tablette, les gens signaient dessus.

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Tu as eu un prix, peux tu nous en dire plus?

C’était un concours organisé par le ministre de l’Outre-Mer en 2014.

Le thème du concours, les femmes des outremers.

J’ai proposé un portrait de la série la Guadeloupe-Mon visage.

C’est marrant car ce qui est bizarre c’est qu’au moment où je me suis inscrit pour ce concours, il y avait une petite voix en moi qui me disait que j’allais gagner. Je ne sais pas pourquoi, j’en étais convaincu. Je me suis dit vas y, on verra bien.

Au début j’étais nominé 3éme lauréat pour les votes en Guadeloupe, mais il y avait un jury du ministère en métropole,qui eux ont choisi ma photo, pour exposer en Métropole.

C’était fantastique et très gratifiant.

J’ai pensé à toutes ces années en arrière quand j’ai commencé la photo, je me suis dit que ça en faisait faire des choses la photo et j’espère que ce n’est pas fini.

La photo t-a-elle ouvert des portes?

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Oui même si sur le coup je ne m’en suis pas rendu compte. Quand je fais une « rétrospective », des portes se sont ouvertes, des gens se sont intéressés à ce que je faisais, pas mal de magazines sont venus me voir pour la Guadeloupe- Mon visage, ce concours. Il y a eu un petit effet boule de neige.

J’ai pu faire des expositions, la 1ére c’était à la Péyizart en 2013, dédicace à Shorty, c’est le 1er à m’avoir sollicité.

Il y a eu le ministère, puis la médiathèque du Gosier à 3 reprises et la pool art fair. Il y a encore des expos à venir dans les prochains mois.

« J’espère que ça va déboucher sur autres choses”, de quoi as tu envie?

D’en vivre, de faire des expos, participer à des projets, faire des mariages aussi.

Je prend de plus en plus plaisir à rendre des gens heureux même si ce n’est pas évident.

Tu arrives à mettre ta patte Cédric Calvados pour des photos de mariages? Car généralement elles sont assez clichées.

J’essaie; Je pense que j’y arrive encore. C’est clair qu’il y a des moments tu es obligée de faire du classique, tu ne peux pas échapper à la règle de l’art. Ce n’est pas grave. Au contraire, je le prends comme un exercice pour ne pas oublier les fondamentaux.

Tout ce qui est hors conventionnel, j’essaie de garder mon oeil, ma touche, ma sensibilité. En plus je collabore avec mon ami Adéola Bambé à ce niveau, ce qui facilite la tâche. Travailler à deux nous permet de travailler avec moins de pression et d’être plus libre dans nos têtes donc créatifs.

Ton plus gros kiff depuis que tu t’es lancé dans la photo?

La pool art fair car c’est lors de cette expo que j’ai vraiment eu l’impression que des gens comprenaient ce que je disais.

Apprécier dans le sens bien saisir toute la mesure de mon travail.

Je me suis dit que je ne suis pas à côté de mes pompes.

Il y a vraiment quelque chose et il faut que je garde le cap, la vision. Même si ça paie pas encore aujourd’hui.

J’ai en tête la devise d’un footballeur : tôt ou tard le travail paiera.

Ça nous oblige à se dire que chaque jour il peut se passer quelque chose.

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Un photographe dont tu apprécies le travail?

J’ai plutôt été influencé par des photographes locaux, Daniel Goudruff, Charles Chulem, Eric Nabajoth, Philippe Virapin également. Ce sont des gens d’ici qui font un travail intéressant et il ne faut pas le négliger. Il y a Tryspa également et enfin Manu Dorlis, deux photographes qui ont de bonnes idées. Mon collègue de « travail », Adéola Bambé fait aussi du bon boulot.

J’ai envie de m’inscrire dans la lignée de ce que font les meilleurs c’est à dire avoir une identité artistique, photographique, une signature. Ma vision est celle çi.

Je n’aime pas m’inspirer des autres car je n’ai pas envie de faire comme eux, mais regarder le parcours des meilleurs, leur travail, leur regard, ça peut déclencher des choses stimulantes, en moi, qui sont là mais peut être endormies.

Tu as été parrain pour un trophée pour les jeunes méritants de ta ville?

A la base, la ville de petit bourg voulait récompenser tous les talents de la commune. Ils ont pensé à moi par rapport à ce que j’ai fait dans la musique, la photo, ainsi que mon engagement dans mon club de football.

Vu que j’étais trop âgé d’une année, ils m’ont proposé de me mettre à l’honneur différemment en étant le parrain de cette manifestation.

J’ai été très honoré donc mes remerciements à la ville et à Monsieur le Maire.

C’est super qu’ils valorisent la jeunesse, Petit bourg c’est une ville qui bouge, c’est la ville du futur! Avec un atout essentiel sa position géographique, des projets en cours intéressants. J’espère qu’on va garder notre authenticité, l’âme de petit bourg. C’est important.

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Pourquoi c’est important pour toi de t’engager auprès des jeunes?

Je crois qu’une parole donnée, un message transmis ne reste jamais sans effet. C’est comme une graine que tu plantes.

Ton comportement va l’arroser. Je ne crois pas en la réincarnation mais ce que je trouve intéressant, c’est que ce concept te permet de continuer « de vivre » sous d’autres formes.

Pour moi quand tu partages quelques choses à quelqu’un, il le garde en lui et ça va porter du fruit.

Quelque part, il aura une part de toi ancré en lui pour le reste de sa vie.

Et ainsi de suite aux générations futures.

Transmettre son expérience ça crée un sentier que d’autres personnes empruntent. Ça laisse une trace, je trouve ça intéressant.

D’ailleurs avec créole trip, tu es déjà dans la transmission, la valorisation. C’est la transmission d’un concept, d’une idée, d’une vision.

Soyez courageux et audacieux.

Que dirais tu à ceux qui voudraient suivre leurs rêves, mais qui hésitent, ont peur?

N’ayez pas peur d’échouer. Je pense que la 1ere porte à franchir c’est l’échec. On n’y arrive pas sans tomber, sans gribouillis.

Le problème, c’est qu’on vit dans une société où on nous apprend que tout doit être beau tout le temps, on nous vend strass et paillettes, et l’excellence à toutes les sauces. On nous dit qu’il faut travailler dur mais ce qu’on ne nous dit pas c’est que l’échec fait partie du game!

Tu ne peux pas passer du stade 0 au stade 100% en un seul bond.

N’ayez pas peur de faire des bourdes.

Garder les yeux ouverts sur tout ce que la vie vous enseignent car la vie est une maîtresse d’école particulièrement efficace. Rester attentif à ce que la vie vous envoie.

Soyez courageux et audacieux.

Même si ce que qu’on fait s’inspire toujours de  choses existantes, essayez toujours d’innover, de vous démarquer en apportant quelque chose de nouveau. Je pense que c’est important.

Découvrez d’autres clichés de Ma Guadeloupe, mon visage .

 

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